Je ne suis pas un grand lecteur de bande dessinée franco-belge. En dehors des classiques lus durant mon enfance, et Blake et Mortimer que je poursuis encore aujourd’hui, je ne me plonge plus dans ces grands formats couleur, préférant la simplicité et la profondeur d’un manga. Pourtant, j’ai fait une exception en mars 2024 en achetant une nouvelle bande dessinée jeunesse : Les Mondes perdus, pour la simple raison que sa dessinatrice, Isabelle Lemaux-Piedfert, est une ancienne camarade de classe de primaire, avec qui je suis encore en contact aujourd’hui.
Au départ, j’ai acheté le livre pour la soutenir, mais j’ai aussi pris un réel plaisir à le lire. C’est pourquoi j’ai envie de vous présenter cette œuvre, à l’occasion de la sortie du tome 3 en ce début d’année. À vous, bien sûr, de juger de l’objectivité de cet article avec ces éléments en tête.

Les Mondes perdus est une création d’Aucha, scénariste dont il s’agit de la première œuvre professionnelle. En se lançant dans l’écriture, elle rencontre les bonnes personnes, et finit par signer ce scénario prometteur auprès de Camille Grenier, éditrice chez Dupuis.
Isabelle Lemaux-Piedfert, quant à elle, provient du monde de l’animation. Parmi ses travaux comme storyboardeuse, on peut citer Les As de la Jungle, Grizzy et les lemmings, Drooners (que j’aime beaucoup), et même brièvement Miraculous Ladybug ! Souhaitant se tourner vers autre chose, son amie Justine Cunha (Dans les yeux de Lya) lui recommande la bande dessinée, et la présente à Camille Grenier.
De son côté, la coloriste Aurélie F. Kaori, déjà expérimentée après son travail sur Dragon et poisons, fut repérée par Isabelle sur les réseaux sociaux. L’équipe au complet, le projet démarre concrètement, pour une première sortie en 2024. Si vous souhaitez plus de détails sur les prémices de l’œuvre, je vous invite à consulter l’interview fleuve de ces trois créatrices réalisée par Les Amis de la BD1.

L’histoire se situe durant les années 1920. Nous découvrons la jeune Amy, une adolescente britannique de 13 ans, avide d’aventure et d’exploration, comme toutes les jeunes filles de son âge. Par chance, son père, M. James Harnett, est archéologue ! Si, au départ, ce père souhaite préserver sa fille de voyages éprouvants, il ne peut aujourd’hui plus contenir la curiosité dévorante d’Amy. Sa première aventure la conduira au Honduras britannique, la deuxième au Cambodge et la troisième à Constantinople.
L’inspiration principale du récit et de son héroïne provient d’Anna Mitchell-Hedges, elle-même fille adoptive de l’explorateur Frederick Mitchell-Hedges. Ce personnage controversé aurait découvert le célèbre crâne de cristal au Belize, mais les études ont prouvé ultérieurement qu’il s’agissait d’une supercherie montée par ce faussaire.
Les ambitions du premier volume sont logiquement limitées, puisqu’il doit à la fois présenter les personnages et l’univers, tout en racontant une aventure complète au Honduras en relativement peu de pages. Cela ne l’empêche pas d’être très apprécié des plus jeunes lecteurs. Sans surprise, le deuxième tome développe davantage l’aventure et met encore plus en valeur les aspects culturels. Le troisième, quant à lui, entraîne les protagonistes et les lecteurs dans une enquête policière mêlant trafiquants d’antiquités et mystères historiques : une véritable aventure à la Indiana Jones.

Derrière de grandes aventures, Les Mondes perdus se permet aussi d’aborder la vie intime d’une jeune adolescente. C’est la volonté d’Aucha de faire d’Amy une héroïne qui parle aux jeunes filles (la cible principale de la bande dessinée), en évoquant par exemple l’amour, le corps qui grandit pour devenir adulte, ainsi que des choses que l’on n’apprend pas toujours à l’école.
C’est typiquement le genre de choses que l’on retrouvait dans les shōjo manga depuis leurs premières publications en France, au milieu des années 90, mais il ne me semble pas que la BD franco-belge proposait un équivalent à cette époque. Il est donc bienvenu que la nouvelle génération ait des représentations féminines plus modernes. Personnellement, j’aimerais que ma fille et mes fils découvrent les aventures d’Amy quand ils seront un peu plus grands, car Amy est une figure positive, indépendante, qui s’interroge sur elle-même et le monde.
Le premier cycle est prévu pour compter quatre tomes, avec un potentiel de 8 tomes maximum au total2. Un programme ambitieux, mais heureusement réalisable au vu du succès rencontré par la série. Je ne dispose pas de chiffres précis, mais les ventes semblent se démarquer du lot. Plusieurs indices le montrent : des mises en avant régulières dans les grandes enseignes, une présence palpable dans le catalogue de Dupuis, un roman reprenant la trame du tome 1, un certificat (photo ci-dessous) correspondant au meilleur démarrage jeunesse 2024, tous éditeurs confondus. Notons également plusieurs prix comme le Prix Jeune Talent 2025 du festival Abracadabulles.

En lisant cette bande dessinée, je suis heureux de pouvoir découvrir des pays et des trésors archéologiques que je connaissais peu. Prenons par exemple la bibliothèque de Pergame, une des bibliothèques les plus importantes de l’Antiquité avec celle d’Alexandrie. Il est ensuite amusant d’approfondir le sujet en parcourant Internet. J’apprécie également le fait que les personnages souhaitent explorer ces lieux de manière « éthique », pourrait-on dire. Nous savons bien que cette époque des colonies et du pillage des trésors archéologiques fut loin d’être exempte d’abus.
Aussi, j’aimerais ajouter quelques mots sur le dessin, réalisé par ma camarade Isabelle. On sent l’influence du manga dans le trait, la BD s’inscrivant dans un style un peu hybride, à la manière de La Rose écarlate. Je trouve l’ensemble très réussi. Je remarque une amélioration notable de son trait dans le tome 3 où les décors sont encore plus soignés sur la majorité des cases. Déjà à l’école primaire, nous remarquions qu’Isabelle dessinait particulièrement bien. Aujourd’hui, avec son expérience dans le storyboard en poche, je trouve son découpage très vivant, à l’image de son héroïne Amy, souvent mise en valeur par des couleurs vives. Malheureusement, mon manque de connaissances en bande dessinée ne me permet pas d’analyser plus en profondeur cet aspect dans cet article.

Je suis très curieux de découvrir le quatrième volume, qui devrait logiquement paraître en 2027. Non seulement il devrait conclure ce premier arc narratif, mais de plus, si j’en crois l’indice laissé à la fin du tome 3, notre chère Amy devrait cette fois fouler le sol de l’Égypte. Rappelons que le tombeau de Toutânkhamon a été découvert en 1922, soit à la même époque que celle où se déroule la bande dessinée. Passionné par les antiquités égyptiennes, j’attends donc la suite des aventures d’Amy avec impatience !
1 – Interview des trois créatrices par Les Amis de la BD.
2 – Information provenant de l’interview d’Isabelle au Festival Abracadabulles.
Pour aller plus loin :
– Les Mondes perdus est lauréat du prix Jeune Talent au festival Abracadabulles de 2025.
– Interview d’Aucha pour la librairie Mollat.




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