Hanashi

Little Tail Bronx : Tail Concerto

Tail Concerto est un jeu vidéo d’action et d’aventure développé par CyberConnect pour la PlayStation en 1998. Il constitue rétrospectivement la première œuvre de l’univers connu sous le nom Little Tail Bronx.

Ce jeu a su marquer les esprits des joueurs et des spécialistes lors de sa sortie, malgré des ventes décevantes, et est devenu culte au fil du temps auprès de la communauté Kemono/Furry, au point de faire l’objet de nombreux articles sur le Web depuis bien longtemps. Ses concepteurs sont également assez bavards sur leur production, offrant de nombreuses informations à tous les amoureux de cet univers.

J’ai eu envie de consacrer une série d’articles au sujet de l’univers Little Tail Bronx, à la manière de comptes rendus de mes recherches, au fur et à mesure de l’avancement de mon exploration de tous les opus. Il mêlera donc informations et impressions personnelles, sans chercher à être exhaustif. L’objectif est de vous embarquer dans mes découvertes, et vous donner à vous aussi l’envie de vous lancer dans l’aventure à votre tour.

L’aventure se situe dans un royaume fictif nommé « Prairie », en français même dans la version originale japonaise. Ce royaume céleste, assis sur les vestiges d’une civilisation antique, est composé d’îles où vivent 50 000 hommes-chiens et seulement 2 000 hommes-chats. Le gentil Waffle que nous contrôlons (oui, le nom d’une gaufre) est un homme-chien policier qui voit son congé écourté pour enquêter à propos des « Chats Noirs », un gang sévissant sur les îles et dérobant des cristaux sur leur passage.

Armé de son RoboArmure, Waffle se déplace d’île en île à l’aide de son dirigeable pour arrêter leurs méfaits. Mais un secret bien plus profond se cache derrière. Peut-être y a-t-il un lien avec le fait qu’enfant, Waffle aurait remis un cristal à son amie Alicia, aujourd’hui à la tête des Chats Noirs ?

Le mignon homme-chien Waffle que nous contrôlons dans son RoboArmure.

Les petits Français ont pu découvrir Tail Concerto en décembre 1998, comme un parfait cadeau de Noël. Pour donner un peu de contexte, deux jeux cultes sortaient à la même époque : Metal Gear Solid et The Legend of Zelda: Ocarina of Time. Le jeu est intégralement traduit en français, mais les cinématiques sont, elles, bien en japonais. Une chance, car dans la version américaine, un doublage intégral a été opéré, ainsi qu’un tronquage de la chanson d’opening. Nous, Français et Japonais, avons donc découvert pour la toute première fois la voix de KOKIA, chanteuse devenue célèbre par la suite notamment pour sa bande-son mémorable dans le film Origin en 2006. Ici, elle signe le titre For Little Tail, une de ses premières productions professionnelles.

Notons qu’à l’époque, l’équipe de CyberConnect était concentrée à produire son deuxième jeu, Silent Bomber. Elle a donc laissé la localisation de Tail Concerto à Bandai pour les marchés américain et européen, qui a elle-même sous-traité le projet. À cette époque, la différence de format entre le PAL et le NTSC (60Hz contre 50Hz) obligeait certains studios à calibrer leur produit pour qu’il fonctionne de la même manière. Mais ce ne fut pas le cas pour Tail Concerto, la version PAL rend le personnage que l’on contrôle plus lent et donc plus lourd, et donc moins axé « action », selon les mots de son président, Hiroshi Matsuyama1. C’est un regret qu’il nourrit encore aujourd’hui, preuve de son attachement à son produit. Ceci dit, ça ne m’a pas spécialement dérangé durant ma partie, l’aspect lourdaud étant cohérent avec la grosse machine contrôlée par Waffle, et donc le joueur par extension.

Publicité que l’on pouvait retrouver dans Le Journal de Mickey vers Noël 1998.

Tail Concerto est un jeu d’action en 3D d’époque, un projet inspiré par des titres comme Super Mario 64 ou NiGHTS into Dreams, tous deux sortis en 1996, alors que le genre avait le vent en poupe. Cependant, la profondeur de l’environnement en 3D n’est pas comparable. La maniabilité à la croix directionnelle, propre à la PlayStation, n’aide pas à offrir un réel confort de déplacement et, combinée à une caméra que l’on ne peut pas manier librement, offre au joueur moderne une véritable expérience de rétrogaming, dans le mauvais sens du terme. Paradoxalement, c’est aussi là que l’on peut en retirer du plaisir, car apprendre à maîtriser les sauts dans ces conditions offre un véritable challenge et, par conséquent, une difficulté bienvenue, le titre restant tout de même bien facile.

Les sauts hasardeux combinés à ce fichu timer vont vous faire perdre des cheveux.

Remettons-nous dans le contexte de l’époque : Tail Concerto est le tout premier jeu conçu par CyberConnect, une proposition ambitieuse, portée initialement par une petite équipe d’une dizaine de personnes. Ils ont mis les moyens pour arriver à un résultat très convaincant, en faisant notamment appel à Nobuteru Yūki (Escaflowne, Lodoss) au chara-design, qui troque ici ses nez si particuliers pour des truffes d’animaux. Les nombreuses séquences d’animation sont quant à elles signées par le studio Astrovision.

Le gameplay est très basique : on peut sauter, tirer des bulles et attraper des objets. Mais la diversité des situations ne laisse pas de place à l’ennui : entre une grotte à explorer à bord de chariots, une île nous offrant la possibilité de voler ou encore une île glacière où l’on doit dénicher tous les petits monstres pour les capturer, tout s’enchaîne très rapidement et avec plaisir. Le joueur est récompensé par des avancées régulières du scénario et les cinématiques qui les accompagnent.

Ce boss nous envoie des missiles tout en essayant de nous écraser.

Mais ce que l’on retient le plus, c’est sa direction artistique très travaillée, évoquant un dessin animé coloré dans lequel le joueur navigue d’île en île, chacune ayant ses particularités et son charme, le tout dans un univers steampunk. La filiation avec Laputa, le château dans le ciel est évidente (notamment lors du climax du jeu). Pour ma part, j’ai beaucoup pensé à l’excellent Skies of Arcadia, l’un de mes JRPG préférés. Et puis, les personnages anthropomorphes sont beaucoup trop mignons, entre Waffle, que l’on voudrait dévorer tant il est gentil et choupinou, et les adorables filles-chattes pirates, dont on imagine dès le départ qu’elles ne seront pas les véritables antagonistes. Par ailleurs, le président de CyberConnect précise dans un entretien de 2025 qu’il a été marqué par le dessin animé Sherlock Holmes de 1984, expliquant ressentir davantage d’empathie pour les histoires mettant en scène des animaux que pour celles mettant en scène des humains. Cela explique en partie le choix d’utiliser des personnages anthropomorphes dans Tail Concerto, puis dans les projets suivants.

Il y a de la romance !

L’univers de Little Tail Bronx, dans lequel évoluent également ses suites, ne s’est pas créé du jour au lendemain. Les faibles ventes ne permettent pas à Hiroshi Matsuyama, le dirigeant de CyberConnect, de négocier avec Bandai une suite à Tail Concerto, pourtant prévue à court terme. CyberConnect espérait atteindre environ 300 000 exemplaires, mais le jeu ne s’en écoula finalement qu’environ 97 000 au Japon, pour un total de 150 000 dans le monde. Désireux de faire fructifier et d’étendre son univers, Hiroshi Matsuyama patienta jusqu’en 2005 en créant une mascotte nommée Mamoru-kun pour la préfecture de Fukuoka, tout en faisant officiellement mention du nom Tail Bronx dans une archive de 20053. Il put développer sa suite spirituelle, Solatorobo, pour 2010, un petit jeu mobile nommé Little Tail Story en 2014 et, enfin, une trilogie intitulée Fuga: Melodies of Steel, entre 2021 et 2025. Je développerai toutes ces histoires dans de futurs articles, actuellement en cours de rédaction.

Un petit manga en un seul chapitre est sorti dans le magazine Shônen Ace en 1998 pour accompagner la sortie du jeu. C’est un préquel mettant en scène la rencontre entre Waffle et Alicia, comme on la découvre dans l’une des cinématiques du jeu vidéo, mais en développant plus concrètement la naissance de leur amitié. Il est signé Raka Masaki, mais il est difficile de trouver des informations sur cette personne. À mon avis, il s’agit probablement d’un pseudonyme.

Le soutien des fans du monde entier a permis l’expansion de cet univers, et je les en remercie. Grâce à eux, le jeu n’est pas tombé dans l’oubli et permet à d’autres générations d’y jouer tout en bénéficiant d’un maximum d’informations sur son contexte. J’adore les petits personnages anthropomorphes et, sans ça, je ne me serais jamais arrêté sur Tail Concerto. C’est un chouette jeu que je vous recommande. Je regrette de ne pas l’avoir connu plus tôt, car CyberConnect2 était présent cette année à Japan Expo avec des goodies du jeu : mon portefeuille aurait eu un peu mal. Quant à moi, je n’ai plus qu’à démarrer Solatorobo pour poursuivre ma découverte de Little Tail Bronx !

1 – Hiroshi Matsuyama évoque ses regrets de la version PAL dans ce tweet de juillet 2026.
2 – Hiroshi Matsuyama évoque 14 personnes dans ses mémoires, mais seulement 10 dans une interview donnée en 2009 à GameDeveloper. Durant la production, il y a forcément eu de nouveaux arrivants.
3 – Archive du site officiel de Mamoru-kun.

Pour aller plus loin :
– Site officiel de Tail Concerto
– Entretien avec Hiroshi Matsuyama chez Automaton concernant Fuga 3 et le Furry.
– Interview de Hiroshi Matsuyama pour Game Developer.com en 2009 à propos de la création et l’évolution de CyberConnect2.
– Conférence de CyberConnect2 à propos de la création de Solatorobo.
– Secrets de création de Tail Concerto pour inside-games.jp.

Titre : テイルコンチェルト Tail Concerto
Développement : CyberConnect
Édition : Bandai
Genres : Aventure, Action
Localisation : Textes en français, voix japonaises
Plateformes : PlayStation
Date de sortie : 16 avril 1998 (Japon), décembre 1998 (France)

Dareen

Président du Collectif Hanashi.

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