Le jeu vidéo Tail Concerto, sorti en 1998 sur PlayStation, ne rencontra pas un grand succès. Le studio CyberConnect poursuivit son activité en développant de nouveaux projets, parmi lesquels les séries .hack et Naruto: Ultimate Ninja. J’aurai l’occasion de revenir sur l’histoire du studio dans un futur article consacré à Solatorobo. En attendant, je souhaitais consacrer un court moment à un projet méconnu : Mamoru-kun. Celui-ci est très souvent éclipsé dans les articles consacrés au Little Tail Bronx, et ce, pour une raison tout à fait compréhensible : ce service, aujourd’hui disparu, était exclusivement destiné au public japonais et n’était connu que de celui-ci.
Bien que les mentions à son sujet soient rares, quelques articles permettent malgré tout d’en retrouver la trace. Il me semblait donc intéressant de revenir une nouvelle fois sur ce projet, d’autant qu’il est une étape essentielle dans la création du Little Tail Bronx.
Cet article est le deuxième d’une série consacrée à l’univers du Little Tail Bronx. Il est préférable de consulter le précédent à propos de Tail Concerto avant de poursuivre la lecture.

Affiche diffusée pour le service de messagerie électronique de prévention des catastrophes de la préfecture de Fukuoka.
Faisons un saut dans le passé, le 20 mars 2005 très précisément. La préfecture de Fukuoka est frappée par un séisme de magnitude 7, considéré comme le plus important dans cette région depuis environ 300 ans. La catastrophe fait un mort et 1 204 blessés, tandis que près de 10 000 habitations subissent des dégâts à des degrés divers. Ce tremblement de terre est loin d’être le plus dévastateur de la longue histoire du Japon, mais un séisme d’une telle ampleur est suffisamment rare dans cette région pour que la préfecture ne soit pas aussi bien préparée que d’autres à ce genre d’événements. Les autorités décident alors de mettre en place un programme de préparation aux catastrophes, de sensibilisation à la sécurité et de prévention des risques d’enlèvement.
C’est CyberConnect2, nouveau nom de CyberConnect depuis 2001, qui est sélectionné pour gérer la partie graphique du projet. L’entreprise est choisie notamment parce qu’elle est située à Fukuoka. Hiroshi Matsuyama, son dirigeant, explique qu’il souhaite donner vie à un véritable univers plutôt que de se contenter de simples illustrations. Plus concrètement, il s’agit d’imaginer des mascottes, de créer un univers cohérent et de produire des illustrations pour les différents services proposés. Hiroshi Matsuyama en profite alors pour concrétiser une idée qui lui trotte dans la tête depuis plusieurs années : faire revivre Tail Concerto.

Depuis le 1er juin 2009, l’installation des détecteurs de fumée est obligatoire sur l’ensemble des bâtiments de la préfecture de Fukuoka..
En effet, malgré les succès de .hack et de Naruto: Ultimate Ninja sur PlayStation 2, les projets de suite à Tail Concerto, proposés à Bandai en 2003 et 2004, avaient été rejetés. CyberConnect2 saisit donc cette occasion pour donner une nouvelle vie à cet univers. En le réinterprétant et en l’explorant davantage, le studio pose les premières véritables bases de ce qui deviendra l’objet de ces articles : l’univers partagé Little Tail Bronx.
Par ailleurs, d’après mes recherches c’est cette même année, en 2005 donc, que la première mention du Little Tail Bronx est visible. Dans une archive du site de CyberConnect2, on y aperçoit bien les caracters originaux リトルテイルブロンクス, ainsi qu’une carte du monde représentant les deux régions : celle de Prairie, et celle de Nippon où se situe l’action de Mamoru-kun. Petit détail, on trouve les deux orthographe Nipon et Nippon. De ce que j’ai compris, celui avec un seul P correspond à la communication de Mamoru-kun tandis que les deux P est l’orthographe revalidée depuis Solatorobo.

On y voit les deux îles entourées de Prairie et Nippon.
La naissance du personnage est officiellement datée du 20 juin. Ils créent Mamoru-kun, ce qui signifie « protéger » en japonais, un petit chien de la race des Caninus, conçu pour être aimé des enfants comme des adultes. C’est WAKA, alias Takayuki Isobe, déjà présent lors de la conception de Tail Concerto, qui se charge du chara-design et de la direction artistique du projet. Mamoru-kun accompagne le service LifeMail, qui permet de diffuser des informations lors de catastrophes, puis en 2007 un programme éducatif destiné aux écoliers. Dans celui-ci, nous suivons Mamoru pour les garçons ou Matoi-chan pour les filles. À travers une petite histoire, nous devons faire les bons choix pour rester en sécurité. Bha oui, ils sont tellement mignons avec leurs petites oreilles que des adultes malveillants souhaitent les croquer ! Un fond d’écran est offert lorsque l’on arrive au bout du programme. Une façon ludique de sensibiliser les enfants à certains dangers du quotidien. Si le quiz n’existe plus, remercions la Wayback Machine, qui en a conservé plusieurs captures d’époque. N’hésitez donc pas à tester vous-même ce quiz via ce lien si le japonais ne vous fait pas peur !

Une personne que l’on ne connait pas vous propose de prendre une photo, que faites vous ? Vous la suivez ? Vous refusez ?
En 2010, le gentil Mamoru fait une petite apparition, ainsi que son père, dans le jeu Solatorobo, à travers des quêtes secondaires dont les objectifs font évidemment référence à leurs fonctions : distribution de prospectus, accident lié à un effondrement ou encore exercice de prévention des catastrophes. Cela renforce l’idée qu’ils appartiennent au même univers. Notons que les personnages de Mamoru-kun habitent sur une île nommée « Nippon », dont la culture et la technologie sont différentes de celles des autres îles. En effet, les robots n’existent pas sur cette île, car il faut calquer ce monde imaginaire sur le nôtre.
Le projet est également relancé en 2011, à la suite de la tristement célèbre catastrophe de Fukushima. Mamoru-kun est alors utilisé dans le cadre d’un programme où des artistes bénévoles vendent des fanarts de cet univers afin de recueillir des dons.

On retrouve sa bonne bouille dans Solatorobo.
Lors de mes voyages au Japon, j’ai remarqué un certain nombre d’affiches d’information dans les rues, mettant en scène des personnages de manga pour attirer l’œil des passants. J’aime beaucoup ce concept et je trouverais sympathique de voir une initiative similaire en France, un peu à l’image du Lapin Rose de la RATP, devenu célèbre au fil des années.
Une commande de prévention peut aussi devenir l’occasion de concevoir un univers partagé. C’est justement ce que Mamoru-kun apporte au Little Tail Bronx : une nouvelle facette de cet univers, qui dépasse le simple cadre du jeu vidéo.
Prochainement, je vous parlerai de Solatorobo, le troisième élément de cet univers. En attendant, pour mieux comprendre l’attachement des Japonais à ces petits Caninus, je vous invite à consulter le hashtag #mamorukun sur Pixiv. On y trouve des fanarts vraiment adorables !
Pour aller plus loin :
– Un article de Le Monde sur le tremblement de terre de 2005.
– Interview de Hiroshi Matsuyama pour Ameblo en 2013
– Interview vidéo de Matsuyama sur la chaîne YouTube de la société.
– PDF officiel de CyberConnect2 présentant les productions de Mamoru-kun
– News de Famitsu autour de la quatrième campagne de Mamoru-kun
– Site officiel de Mamoru-kun par CyberConnect2
– Site officiel de Mamoru-kun par la préfecture de Fukuoka
– Mention du Little Tail Bronx en 2005





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