Hanashi

Le murmure des herbes sauvages

À l’approche du printemps, un nouveau manga arrive en librairie, mettant la flore à l’honneur. Coïncidence ? Le murmure des herbes sauvages est le premier volume d’Iku Kamijima publié aussi bien en France qu’au Japon. Ce one-shot s’inscrit pleinement dans la lignée des mangas intimistes de l’éditeur Naban. On y découvre une jeune fille qui, au fil des pages, se passionne pour les plantes qui l’entourent.

Pour ce titre, j’ai souhaité creuser d’abord la carrière de son auteur avant de me lancer dans la lecture. Iku Kamijima est encore inconnu dans nos contrées. Cet auteur, dont le genre n’est pas mentionné, est né en 1992, c’est un illustrateur et mangaka indépendant, donnant également des cours d’illustration à l’Université des Arts de Kyôto. En parcourant son portfolio, on remarque un grand nombre de petits travaux, que ce soit de l’illustration pour des romans ou des articles promotionnels, des courtes bandes dessinées amateurs (dôjinshi) ou professionnelles (éditions Kadokawa).

À ce jour, Le murmure des herbes sauvages est son seul manga relativement long, bien qu’il ne s’agisse que d’un one-shot. Il a été publié en ligne dans le magazine Web Action de Futabasha en 2022, puis transféré sur le COMIC Nettai de Kobunsha. Le volume relié est publié au Japon le 20 juin 2025. En France, c’est peu de temps après, le 13 mars 2026, que nous le découvrons.

Sur son portfolio, Iku Kamijima explique travailler sur un projet d’illustrations de fleurs pour des cartes postales. L’artiste s’est alors rendu compte de ses connaissances limitées en matière de monde végétal. Pour s’améliorer, Iku Kamijima a observé des plantes sauvages aux alentours, et ce durant deux bonnes années. L’histoire est née de ce travail. Je vous invite à parcourir les illustrations présentes dans le portfolio afin de mesurer à quel point la flore occupe une place prépondérante dans son œuvre.

Ce one-shot s’inscrit dans la lignée des mangas contemplatifs où l’histoire n’est pas décrite explicitement, mais supposée en découvrant le quotidien et les problématiques du protagoniste Nonoko. À travers ses pensées introspectives, on découvre une jeune femme faisant le deuil de son grand-père. Comme lui, elle porte une affection particulière pour des objets à première vue inutiles. Le récit nous conte la manière dont elle s’éprend des herbes sauvages composant son jardin, et l’affection qu’elle en tire dans sa relation avec les autres.

La lecture se fait avec grand plaisir, car Iku Kamijima maîtrise la narration par le visuel. Si le découpage reste dans l’ensemble simple et efficace, on sent avant tout le talent d’illustrateur de l’auteur, qui pose de belles et grandes cases fourmillant de détails. Ne négligeons pas le travail autour du mouvement corporel, notamment les scènes où Nonoko s’avance pour admirer les fleurs, ainsi que les séquences oniriques qui l’inspirent. Le travail sur la lumière et les extérieurs, ainsi que la finesse du trait, me font penser à Haruka Kawachi, que l’on connaît pour Les Fleurs du passé ou Le Ballet des cœurs, publié en ce moment-même par les éditions Naban.

Le murmure des herbes sauvages met l’accent sur le goût de l’ancien, de l’invisible, sur la transmission du savoir et sur le sens à lui donner. C’est un temps d’apnée, une pause, révélant une multitude de plaisirs. De la même manière que l’héroïne observe son monde, nous, lecteurs, observons attentivement les cases pour y déceler les subtilités du dessin et de l’univers qui nous est proposé. Le rythme lent et l’absence d’intrigue pourront en revanche déstabiliser quelques lecteurs.

Il est vrai que ce manga me parle particulièrement, car durant mes jeunes années, je connaissais par cœur toute la flore composant notre immense jardin, prenant plaisir à découvrir de nouvelles espèces de fleurs, de plantes et même d’animaux. Aujourd’hui, avec la vie de citadin et ma meute à nourrir, je n’y fais plus suffisamment attention.

Peut-être que la prochaine fois que vous vous baladerez dans un jardin, même dans votre ville, ferez-vous attention à ces petites plantes aussi jolies qu’invisibles ? Je ne sais pas si c’est ce que souhaitait transmettre Iku Kamijima à travers cette œuvre, mais c’est ce que j’en ai retiré, et c’est le plus important.

Cet article a été rédigé à l’aide d’un service presse. Nous avons spécifiquement demandé à l’éditeur de recevoir le volume en format PDF pour le traiter en avance. Nous achèterons le format physique dès sa sortie en librairie.

Pour aller plus loin
Portfolio de Iku Kamijima

Titre : Le murmure des herbes sauvages
Titre VO : ののはな語らず / Nonohana Katarazu
Auteur : Iku Kamijima 紙島育
Genre : Quotidien
Éditeur : Naban (France)
Nombre de volumes : 1 (terminé)
Première publication : 2022

Synopsis :
Nonoko tient une boutique d’antiquités. Aux yeux des autres, ces produits sont de vieilles babioles inutiles. Mais pour elle, chaque objet a su toucher son cœur.
Alors qu’elle ne s’y était jamais véritablement intéressée, Nonoko s’ouvre petit à petit aux plantes sauvages qui vivent dans son jardin, ces plantes auxquelles personne ne semble réellement prêter attention mais que son défunt grand-père aimait tant…
En apprenant à connaître les plantes qui l’entourent, guidée par une encyclopédie de son grand-père, le quotidien de Nonoko devient beaucoup plus coloré !

Dareen

Président du Collectif Hanashi.

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