Hanashi

Full Moon — Devenir idole, puis mourir

Man­ga­ka recon­nue dans la sphère shô­jo depuis 25 ans, j’a­voue ne pas bien connaître Ari­na Tane­mu­ra, sinon pour ses tra­vaux autour de mes deux groupes d’i­doles pré­fé­rées : IDOLiSH7 et Fudan­ju­ku. Avec ce confi­ne­ment 2020 impo­sé, ce fut l’oc­ca­sion de me culti­ver en jetant mon dévo­lu sur Full Moon, une de ses œuvres phares. La lec­ture fut d’au­tant plus inté­res­sante que je ne savais stric­te­ment pas à quoi m’at­tendre. Ce fut en tout cas bien loin des sté­réo­types que les cou­ver­tures laissent l’envisager.

En quelques lignes, Full Moon wo Saga­shite de son titre VO, raconte l’his­toire de Mit­su­ki (signi­fiant « pleine lune », d’où le titre) une jeune fille de 12 ans malade, pré­fé­rant vivre à fond sa pas­sion pour le chant plu­tôt que se faire soi­gner. Sou­te­nue par des shi­ni­ga­mi pou­vant la trans­for­mer en lycéenne de 16 ans, elle vit des péri­pé­ties rocam­bo­lesques com­po­sées de chan­sons, de paillettes, et de beaux gosses avec des ailes. On est clai­re­ment sur le ter­rain de jeu des magi­cal girl.

Pour­tant, ce n’est pas parce que ce man­ga est publié dans le maga­zine pour petites filles Ribon qu’il faut s’at­tendre à un récit niais dans la lignée des titres de Wata­ru Yoshi­zu­mi (Mar­me­lade Boy, Mint na Boku­ra). Les thèmes abor­dés sont au contraire plus sombres et matures, à l’ins­tar d’Aoi Maki­no (éga­le­ment appa­reillée chez Ribon, dont le titre reven­di­ca­teur Sayo­na­ra Minis­kirt est arri­vé récem­ment chez nous), mais avec une approche bien dif­fé­rente de cette dernière.

Avant toute chose, l’é­norme défaut héré­di­taire d’A­ri­na Tane­mu­ra est détec­table dès les pre­mières pages : ses per­son­nages se res­semblent beau­coup trop. Sans atteindre les mil­liers de jumeaux des œuvres de Kuru­ma­da, il est par­fois com­pli­qué de les dif­fé­ren­cier. J’a­vais déjà eu ce sou­ci en lisant Fudan­ju­ku Mono­ga­ta­ri. Il faut donc s’ac­cro­cher pour se concen­trer à la lec­ture, mais aidé par leurs looks et carac­tères bien dis­tincts, on s’y fait vite. Par exemple, Taku­to (le best boy évident de l’his­toire) a un cos­tume me rap­pe­lant Tai­gong Wang de Hoshin, faci­li­tant son identification.
En revanche, la man­ga­ka a un coup de crayon net et pré­cis, ses trames et jeux d’ombres apportent une belle den­si­té aux planches. Elle maî­trise éga­le­ment incroya­ble­ment bien son décou­page. Le gra­phisme joue une part impor­tante dans la trans­mis­sion des émo­tions, et dans ce bou­quin, il y a de quoi vibrer !

Il est com­pli­qué d’é­vo­quer l’in­trigue sans révé­ler les nom­breuses sur­prises qu’elle recèle. En fait, on se rend rapi­de­ment compte que la notion de mort est omni­pré­sente dans les moti­va­tions de chaque per­son­nage, au point de rendre le récit de plus en plus glauque à mesure qu’on tourne les pages. L’en­ro­bage rose bon­bon n’est pas étran­ger à ce malaise, ren­for­çant la vio­lence de cer­taines scènes des­si­nées sans sub­ter­fuges gra­phiques. Pour autant, il n’y a pas d’intention de déli­vrer un mes­sage, car Ari­na Tane­mu­ra sou­haite sim­ple­ment racon­ter une his­toire sur une idole, elle-même étant fan de ce genre de groupe (Mor­ning Musume à cette époque, puis Fudan­ju­ku plus tard, dont elle des­si­na un volume entier sur leurs aven­tures). Dans l’en­semble, le ton est plu­tôt enjoué, avec beau­coup d’hu­mour, et les pro­ta­go­nistes hauts en couleur.

L’é­cri­ture n’est pas en reste. Le rythme est sou­te­nu sans être ner­veux, on est rapi­de­ment plon­gés dans le bain, pas le temps de traî­ner avec des fillers des­ti­nés à s’ha­bi­tuer aux per­son­nages. À ce niveau, il faut plu­tôt lor­gner sur l’a­dap­ta­tion en des­sin ani­mé, dif­fu­sé qua­si simul­ta­né­ment avec le man­ga, pour pro­fi­ter du quo­ti­dien pai­sible de la petite bande d’a­mis. Et mal­gré le nombre consé­quent de per­son­nages déve­lop­pés en si peu de cha­pitres, avec bon nombre de fla­sh­back, jamais l’his­toire ne se perd dans ses objec­tifs, car des révé­la­tions redy­na­misent constam­ment le récit. La romance prin­ci­pale, en plus d’être par­ti­cu­liè­re­ment ori­gi­nale, m’a beau­coup plu, et m’a évo­qué beau­coup de tendresse.

En somme, Full Moon n’a pas vieilli d’un poil. On ne peut cepen­dant pas en dire de même de l’é­di­tion de Glé­nat, car entre les planches cou­pées lors de l’im­pres­sion, et une adap­ta­tion obli­geant trois tonnes d’as­té­risques dans les bulles, l’ex­pé­rience est un peu mal­heu­reuse. Ce n’est tout de même pas une excuse pour bou­der ce titre dont la répu­ta­tion n’est pas usur­pée. Pour moi qui croyais lire du Aca­dé­mie Alice, la sur­prise fut totale ! La lec­ture est par­fois un peu dure, mais avec du recul, je pense qu’il est bon pour les pré-ado­les­cents de se confron­ter dès main­te­nant à ce genre d’œuvre évo­quant des drames humains.

Titre : Full Moon — À la recherche de la pleine Lune
Titre VO : 満月をさがして
Auteur : Ari­na Tanemura
Genres : Romance, Drame, Magi­cal Girl
Édi­teur : Glé­nat (France)
Nombre de volumes : 7 (ter­mi­né)
Pre­mière publi­ca­tion : De jan­vier 2002 à juin 2004
Synop­sis :
Mit­su­ki n’a plus qu’un an à vivre. C’est la révé­la­tion bru­tale que lui font deux « shi­ni­ga­mi », des esprits char­gés de conduire les humains vers la mort. La jeune fille, qui va sur ses 13 ans, est en effet atteinte d’un can­cer de la gorge incu­rable. Mais Mit­su­ki ne se résigne pas à mou­rir si jeune. Pas avant d’a­voir pu, au moins, rem­plir la pro­messe qu’elle a faite avec Eichi, son ami d’en­fance : celui d’a­voir réa­li­sé son rêve lors­qu’ils se retrouveront.
Aus­si, les shi­ni­ga­mi acceptent de conclure un mar­ché avec elle : pen­dant un an, ils feront tout pour faire d’elle une star de la chan­son et l’ai­der à retrou­ver celui qu’elle aime. Grâce à leurs pou­voirs, Mit­su­ki pour­ra ain­si se trans­for­mer en une jeune femme et user nor­ma­le­ment de sa voix. C’est le début d’une car­rière périlleuse dans le show business…

Dareen

Président du Collectif Hanashi.

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